Joséfine qui ?

Tout le monde ne m’appelle pas Joséfine.

Mon père s’appelait Joseph.
Quand j’étais une enfant occupée à grimper aux arbres, manger des framboises et courir les champs, au temps des étés interminables, des après-midis silencieux et des jouets faits maison, mon grand-père m’appelait Joséfine.

Si d’aventure on allait jusqu’au village et que quelqu’un demande
« Et qui c’est, ce … petit? cette petite? », mon grand-père répondait invariablement : « Bah c’est Joséfine, la fille du Joseph.« 
Et on en restait là.

Quand il est mort, plus personne ne m’a appelée Joséfine.
Et des années plus tard, quand j’ai commencé à chercher un nom pour les bijoux que je fabriquais, Joséfine était là qui m’attendait et j’ai replongé dans cette identité avec délice.

Peut-être qu’un jour je vous parlerai du K.


Joséfine K travaille au bord du chenal et regarde depuis la fenêtre de son atelier les aigrettes garzettes qui marchent gravement dans la vase, puis les ostréiculteurs qui lui font coucou en partant à la marée sur leurs beaux chalands, puis de nouveau les aigrettes, puis les ostréiculteurs qui reviennent de la marée. Elle ne travaille donc pas beaucoup.
Mais quand même un peu, juste assez pour fabriquer quelques poignées de bijoux colorés, surtout des boucles d’oreilles, qui sont en fait de petits mobiles portatifs et pleins d’esprit, qu ne ressemblent à rien d’autre et qui font que des inconnu·es commencent à vous parler dans la file d’attente du cinéma ou à la caisse du Carrefour Market. Elle les fabrique avec du plastique; qui est son obsession, du fil de pêche parce que ça tient bien et que c’est ultra-léger, et beaucoup de joie, et normalement cette joie se voit un peu sur vous, après, quand vous les portez.

Retour en haut